Rencontre avec Mathilde de Kerangat : « Devenir championne du monde, c’est un vrai bonheur !»

Photo en Une délivrée par Mathilde de Kerangat.

Championne du monde Junior en 2009 en Laser Radial, la navigatrice Mathilde de Kerangat nous offre un beau moment d’évasion au travers de ses témoignages. Tout du long de cet entretien, elle revient sur son parcours depuis qu’elle a débuté sa carrière : son titre de championne du monde Junior en 2009, sa participation aux Jeux Olympiques de Rio en 2016 et tout ce qui fait d’elle la navigatrice qu’elle est devenue aujourd’hui. Une interview où elle nous présente sa spécialité, le Laser (dont elle est fraîchement retraitée). Et qui n’aura bientôt plus de secrets pour vous. L’occasion également pour Mathilde de Kerangat de revenir sur le dernier Vendée Globe et l’image saisissante du sauvetage de Kévin Escoffier par Jean Le Cam. Et de nous sensibiliser sur la pollution marine et toute l’importance de la sauvegarde de nos mers et de nos océans. Rencontre.

Tout d’abord, à quel âge avez-vous commencé la voile ?

J’ai commencé la voile quand j’avais sept ans en Optimist. Il s’agit du petit dériveur par lequel on commence tous le bateau en général. J’ai tout d’abord commencé en en faisant pour le loisir. Puis rapidement j’ai eu envie de faire de la compétition parce que c’est ce qui me plaisait. 

Pourquoi vous êtes-vous dirigée vers ce sport ? Qu’est-ce qui vous a attiré dans cette discipline ?

Je suis Rochelaise. Habitant La Rochelle, c’est vrai que c’est plutôt prédestiné au bateau et au sport nautique. Mes parents ont fait pas mal de bateau. Mon père convoyait des bateaux.

Ma maman a pris le bateau dans lequel mon père était skipper pour traverser l’Atlantique. C’est comme ça qu’ils se sont rencontrés. Après ça, ils ont fait pas mal de convoyages pour des propriétaires. Donc je baignais vraiment dans ce milieu. Ma grande sœur a commencé l’Optimist avant moi. Et mon frère aussi a fait de la voile. 

Vous vivez à La Rochelle. Quel rapport entretenez-vous avec la mer ? Qu’évoque-t-elle pour vous ? 

C’est assez difficile à décrire parce que pour moi, c’est comme si ça faisait partie de ma vie depuis que je suis toute petite. J’ai l’impression que c’est un peu un besoin. J’ai besoin de voir la mer, d’être sur l’eau. Et quand on est sur l’eau, ce sont des sensations assez uniques. Au niveau des sensations de glisse, être au plus proche des éléments, les vagues, le vent, ce sont des sensations vraiment géniales.

Dans le monde de la voile, vous allez vous spécialiser en Laser Radial. Avec à la clé, un solide palmarès : cinq médailles en Coupe du Monde et un titre de Championne du monde Junior en 2009. Tout d’abord, pouvez-vous nous expliquer ce qu’est un Laser ? 

Un Laser, c’est un dériveur solitaire. C’est un bateau avec une seule coque et une seule voile. On est tout seul dessus. Le bateau fait environ quatre mètres. La voile fait environ cinq mètres de surface. C’est un bateau qui a l’air très simple vu de l’extérieur, mais c’est un bateau qui est très physique. C’est un bateau aussi très technique.

Il y a une grosse densité d’adversaires parce que comme c’est un bateau qui est assez accessible dans un peu tous les pays du monde, il y a de ce fait beaucoup de concurrences. Et cela engendre des régates, des compétitions, qui entraînent beaucoup de challenges. Ça c’était le côté que j’adorais vraiment en Laser.  

Pourquoi ce choix de vous orienter vers ce type d’embarcation ?

 Au moment où j’ai arrêté l’Optimist, j’avais envie de continuer à barrer. Être celle qui était à la barre. En principe, plutôt en solitaire. Et puis surtout c’est que j’avais le gabarit qui était adapté à ce type de bateau. Je suis grande et j’aimais bien l’effort physique. Donc ça pouvait bien correspondre au Laser.  

A quel moment avez-vous décidé de passer de la pratique de la voile en loisir à la pratique de la voile à des fins professionnels ? Quel a été le déclic pour vous de décider d’entamer une carrière de skippeuse ? 

Pour moi il n’y a pas vraiment eu de déclic parce que je dirai que cela s’est fait plutôt dans la continuité, de manière un peu naturelle. Au collège j’ai été dans une structure de sport-études. Au lycée également. J’ai eu de très bons résultats en Junior. J’ai terminé Championne du Monde Junior quand j’étais en Terminale.

Après ça a été la transition par rapport aux études supérieurs et engager une carrière de sportive de haut niveau. Donc j’ai fait le choix de continuer parce que je pensais que j’avais encore mes chances pour réussir à obtenir de bons résultats. Et puis ça me plaisait. Donc ça s’est vraiment enchaîné naturellement. Et puis après il y a eu aussi de bons résultats en catégorie de plus de 18 ans. 

Après moi j’ai toujours continué mes études en parallèle. J’ai fait des études de Droit. Et puis j’ai pu aussi bénéficier de l’aide de la Fédération, d’un contrat d’image, qui m’ont permis de me consacrer à la voile à plein temps les dernières années.  

Photo délivrée par Mathilde de Kerangat.

Quels souvenirs gardez-vous de ce titre de Championne du monde Junior en 2009 ? 

C’est un de mes meilleurs souvenirs en voile. Je me souviendrai toujours du moment où j’ai franchi la ligne d’arrivée et que j’étais championne du monde. C’est un vrai bonheur. C’est un sentiment de satisfaction, de la joie, c’est juste génial. En plus, avec cette compétition-là, sur le plan sportif ça a été super.

Mais également sur le plan humain et découverte culturelle. C’était une compétition qui était au Japon. On y était avec une super équipe. On a fait de magnifiques découvertes culturelles. C’est assez unique comme pays. Ça reste donc un magnifique souvenir à tout point de vue. 

Au cours de votre carrière, vous avez également pu participer aux Jeux Olympiques de Rio en 2016. Comment se passe la vie aux Jeux Olympiques au quotidien ? 

Nous, la voile, on n’était pas dans le village olympique. Il était à une grosse heure de la marina, là où il y a les régates. Donc la fédération française de voile a décidé à ce moment-là qu’on soit dans un hôtel plus proche de la marina. Ce qui était beaucoup plus pratique et moins fatiguant. On était donc pas dans le village olympique.

Par contre il y avait tout ce qu’il y a autour des Jeux : la cérémonie d’ouverture, la cérémonie de clôture, les journalistes, tout ce qui fait que les Jeux sont uniques. Le fait de pouvoir aussi côtoyer des athlètes d’autres sports et des grands champions. Faire la cérémonie d’ouverture à côté de Tony Parker c’est quand même assez incroyable. 

Pour moi, le résultat était décevant parce que j’avais les moyens de faire un meilleur résultat mais ça reste quand même un souvenir génial. 

L’esprit de compétition a-t-il toujours été en vous, ou vous l’a-t-on inculqué plus tard ?

Depuis que je suis vraiment petite j’ai le souvenir que je l’ai. En fait j’ai commencé le sport en faisant de l’athlétisme lorsque j’avais cinq ou six ans. Et j’avais déjà cet esprit de compétition très marqué (Rires) ! 

Je me souviens aussi qu’un de mes professeurs à l’école avait mis dans un bulletin que je n’aimais pas perdre et qu’il allait falloir travailler ça (Rires). Donc oui, j’ai toujours eu en moi cet esprit de compétition. 

En tant que navigatrice, quelles sont vos principales qualités lorsque vous prenez la mer ? 

En premier lieu, la détermination. Quand je suis sur l’eau j’y suis avec envie. Je souhaite que le bateau aille le plus vite possible. J’ai vraiment cette envie de performance et de réussite. 

Mon autre qualité est aussi la polyvalence.

J’étais vraiment complète que ce soit au niveau physique, technique et tactique. Ce sont mes deux plus grosses qualités.

Dans quels domaines avez-vous l’impression de pouvoir encore progresser lorsque vous naviguer ?

Il y a certains aspects au niveau mental où je pense que je peux encore gagner en confiance en mes capacités. J’ai souvent tendance à avoir les doutes qui reviennent assez vite. Je peux être aussi un petit peu bornée. C’est-à-dire que j’ai tendance à aller un peu en mon sens et quand l’entraîneur va te dire par exemple que ce serait mieux de faire comme ça, ça peut être un petit peu difficile à mettre en place pour moi (Rires). 

Le mental doit jouer énormément lorsque l’on est navigateur. J’imagine qu’en mer, c’est une vigilance de tous les instants qui est demandée. Comment arrivez-vous à gérer votre stress à bord de votre embarcation ? 

En voile olympique, je dirai qu’on n’a pas le stress que peuvent avoir les navigateurs en course au large sur le Vendée Globe avec le bateau qui peut, d’un instant à l’autre, couler comme on l’a vu sur le dernier Vendée Globe. On n’a pas ce stress pour notre intégrité physique. Ça c’est déjà une chose qui est plus confortable. 

Après il y a du stress de tout ce qui est compétition olympique, compétition internationale. Le stress de l’enjeu. Le stress de l’échec. Moi je l’ai pas mal travaillé avec des préparateurs mentaux.

J’essaie maintenant de me servir de ce stress pour que ça me permette de me transformer. Essayer de voir ce stress comme quelque chose de positif. C’est quelque chose qui va aider à aller chercher les meilleurs résultats possibles.  

Et c’est vrai qu’en voile, la plus grosse qualité à avoir c’est l’adaptabilité par rapport aux éléments. Il faut toujours être sur un mode de vigilance par rapport à ce qui se passe : l’évolution du vent, les vagues… C’est de la concentration permanente.

Aujourd’hui retraitée, comment en tant qu’athlète arrive-t-on à prendre la décision de mettre un terme à sa carrière ?

C’est assez logique pour moi en fait. Déjà je ne suis pas sélectionnée aux Jeux de Tokyo. Les derniers mois et années avaient été très difficile. En Laser je pense que j’avais des problèmes de motivation. Ce que je faisais ne me plaisait plus trop. Après il y a eu le confinement et la pandémie. Donc je savais que j’allais arrêter ce bateau-là.

Après je ne me suis pas encore fermé la porte à d’autres supports pour Paris 2024. Parce qu’en voile olympique on peut changer de bateau. Il y a différents types de bateaux. Je reste ouverte à ce niveau-là.

Que pensez-vous de ce Vendée Globe qui vient de se dérouler ? On a eu le droit à un suspense incroyable jusqu’à l’arrivée. C’était assez fou à suivre…  

C’est clair que c’est une course qui est assez incroyable ! Ça m’impressionne le nombre de personnes qui suivent cette course et qui ne connaissent pas forcément la voile et le bateau. C’est un succès énorme. Et c’est compréhensible parce que c’est quand même une aventure exceptionnelle.

Les marins qui font ça, franchement chapeau. En termes de force mentale, d’implication, de résistance, c’est incroyable ce qu’ils font. J’ai pris beaucoup de plaisir à le suivre. C’était génial de voir autant de rebondissements pendant la course. 

Une image forte est celle du sauvetage de Jean Le Cam sur Kévin Escoffier. Lorsque vous avez vu les images, qu’elle a été votre réaction ? 

Comme beaucoup de gens ça m’a complétement fait halluciner ce qui est arrivé à Kévin. C’était juste complétement incroyable. De voir ces images, ça rend assez fière d’être navigatrice de voir ce genre de sauvetage. Parce qu’e oui, on se dit qu’il y a la compétition, la course que c’est très important.

Mais le plus important, c’est aussi la solidarité, l’entre aide qui se crée entre les marins face à la mer et l’océan qui peuvent être si difficiles et hyper dangereux. J’ai vraiment beaucoup d’admiration et de fierté. 

En tant que navigatrice, j’imagine que la pollution marine est un sujet qui doit particulièrement vous toucher.  Quel message souhaitez-vous passer afin de sensibiliser le monde sur l’importance de la sauvegarde de nos mers et de nos océans ?

Je pense qu’aujourd’hui on est tous, à moins de vivre dans une grotte, d’être fermé à tout ce qui se passe et de nier en bloc tout ce qui se passe, on est tous au courant des problématiques environnementales actuelles. Des conséquences que cela va avoir à court et à long terme sur notre planète et pour les générations futures.

Je pense que c’est à chacun de prendre ses responsabilités par rapport à ces enjeux-là. Et de faire au mieux au quotidien via des petits gestes. Alors il y a tout ce qu’on peut faire soi-même au quotidien pour limiter son impact sur l’environnement et notamment sur la mer. Ne pas jeter ses déchets à la mer, des choses bêtes mais qui arrivent encore. C’est vrai qu’en tant que navigatrice olympique j’ai eu l’occasion de naviguer un peu partout dans le monde. Et il y a des endroits où ça a été clairement hyper pollué. Voir ça, ça rend triste et ça inquiète pour l’avenir. 

Voilà, donc je pense que c’est à chacun de faire son petit bout de chemin. Après, moi, je ne veux pas être moralisatrice non plus. Je sais très bien qu’on est sur un sport où l’on prend beaucoup l’avion, on se déplace un peu partout dans le monde entier, il y a des bateaux à moteurs, on utilise des camions et ça consomme de l’essence. Je fais au mieux au quotidien, je prends au maximum mon vélo, je trie mes déchets, je m’alimente avec des produits locaux. J’essaie vraiment de faire au mieux sur ce que je peux faire. 

Mise à part la voile, quels autres sports vous inspirent et aimez-vous pratiquer ?

A part la voile, en ce moment je fais pas mal de course à pied. Je trouve ça sympa, ça permet de prendre l’air. C’est assez agréable. Je fais du vélo aussi. J’ai fait de l’athlétisme quand j’étais plus jeune. Là, comme je travaille au Stade Rochelais, je m’intéresse aussi pas mal au rugby. Et sinon je m’intéresse aux sports nautiques en général. 

Enfin, que pouvons-nous vous souhaiter pour la suite de votre parcours professionnel ? 

Faire les Jeux Olympiques 2024 de Paris, ça serait beau !

Propos recueillis par Alexandre HOMAR.   

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